vendredi 20 décembre 2013

"There is something"

Avant de partir, je m’étais souvent demandé de quoi aurait l’air cette première rencontre. Nos échanges par courriels, particulièrement les derniers, m’avaient fait vivre d’étranges sentiments. 

On s’est rencontré, on a passé la journée ensemble, le lendemain aussi, avec So, et la semaine d’après avec Didi, et ainsi de suite. Là je vais vite parce que le temps m’a rattrapée encore plus vite : je pars tantôt rejoindre Karo à Berlin. Tout pour dire que plus on passait du temps ensemble, plus le sentiment d’amitié que je pensais avoir envers Karo se révélait bien plus grave que ça. 

Depuis l’été d’avant, on s’écrivait et on se répétait là, de vive voix, par rapport à notre relation : There is something… mais sans jamais identifier ce que c’était. C’était mystérieux. La veille de mon retour à la maison, ce que je ressentais était très clair. Le something s’était confirmé pour moi durant mon séjour, mais qu’en était-il pour elle? Le savoir n’était pas chose simple sans heurter quelqu’un: aux dernières nouvelles, Karo était hétéro.

J’ai quand même pris mon courage à deux mains gantées de blanc et je lui ai demandé : Ça se peut tu que tu sois amoureuse de moi comme je le suis de toi? (mais en BEAUCOUP MOINS CLAIR que ça). Sa réponse expéditivement nerveuse m’a donnée comme un coup de poignard dans le cœur, mais elle avait l’avantage d’être ambiguë (There was something anyways) j’ai avalé mon sushi de travers, mais j’ai continué de respirer.

Je sais ce que c’est que d’être amoureuse sans le savoir. La première fois que ça m’est arrivé, c’était avec une femme et ça m’a pris six mois avant d’allumer. C’est mon amie, je l’aime beaucoup, beaucoup, beaucoup, bea.. heu? Hein?!? Et VLAN! La réalité qui te saute en pleine face. Quand l’idée ne t’as jamais traversé l’esprit parce que tu aimes les hommes, t’as le droit d’être surpris. Après, tu fais quoi? Tu refoules? T’essaies d’oublier? Ou tu fais une femme de toi pis t’assumes?

Je sentais que Karo vivait à peu près ce que j’avais vécu auparavant, mais il était aussi possible que mes propres sentiments pour elle me jouent des tours - dans le sens désagréable du concept de tour. Aussi, il était possible qu’elle ne veuille pas d’une relation avec une autre femme, qui plus est à l’autre bout de l’Atlantique. 


Sauf que deux jours après mon retour à Québec, on a passé plus de cinq heures ensemble sur Skype. Cinq heures. C’était une confirmation pour moi que mon impression était bonne : something était amour.

Restait à savoir si, quand elle allumerait à son tour, elle allait vouloir se lancer dans cette histoire.

mardi 17 décembre 2013

Berlin-Tegel, TXL pour les intimes

J’avais non seulement l’adresse de l’appart que je louais, mais aussi l’itinéraire en bus et en métro pour m’y rendre. Sauf que Karo avait une voiture, tous mes plans tombaient heureusement à l’eau.

Elle m’a dit qu’elle allait avoir un carton avec MEL écrit dessus. Je lui ai dit que j’allais avoir un sac à dos, un sac de photo, un sac à main et l’air zombie. On ne s’était jamais vue de nos vies, pas même en photo. 

Quand je suis sortie de la zone de sécurité du terminal de Berlin-Tegel, il y avait une mini foule pour m’accueillir. Certains avaient des pancartes avec des noms écrits dessus, mais aucun porteur de MEL n’y était.

Après quelques minutes d’attente, ou peut être pas, j’ai cherché un réseau wifi pour me brancher et prendre mes messages et en envoyer un. N’avait pas de wifi. Berlin et l’Allemagne en général ne sont pas très ouverts aux réseaux ouverts, ce qui est franchement poche. Fait que j’ai attendu, je suis sortie, je suis rentrée à quelques reprises, me demandant quand serait le meilleur moment pour le plan B – autobus et métro.


J’étais retournée à l’intérieur du terminal, je me promenais en tentant de ne pas trébucher dans mes souliers, quand une grande fille aux joues rouges et l’air paniqué est apparue en courant presque, avec un carton MEL dans les mains. Je me suis approchée doucement, pour ne pas lui faire peur. Elle m’a souri immédiatement, avec ses doux yeux verts un peu dans l’eau. Mais juste un peu. Son cœur était grand comme ça.

jeudi 12 décembre 2013

Un projet secret

Il faut dire que j’écrivais vraiment beaucoup de courrielsss.

Au fil des semaines, j’ai appris que Joëlle ne pouvait plus venir parce qu’elle devait aller en Chine. La belle excuse! Du côté de Sabrina, c’était autant pas clair que possible, on allait voir ce qu’on allait voir. Chose certaine, j’allais voir So pour tout un weekend et Didi quelques jours aussi. J’étais très contente.

Avant de savoir si So allait venir, j’avais décidé de suivre quelques cours d’allemand dans l’idée de pouvoir presque me débrouiller sans elle – la naïveté ne tue pas. Monsieur Hans était très gentil, il m’a appris plein de mots et de phrases que je retiens encore et qui m’ont été utiles. Il était triste de me perdre quand j’ai dû arrêter de le voir, parce que j’étais la seule de ses élèves à ne pas être stressée avec mes cours. Ses autres étudiants devaient maîtriser l’allemand dans leur projet d’études et de carrière. Moi j’avais juste besoin de savoir dire des trucs de base comme : «Bonjour», «Où sont les toilettes»,  et l'indispensable «J’ai une banane dans l’oreille».

Pendant ce temps, nos échanges avec Karo se développaient agréablement. Plus les semaines avançaient, plus on en savait sur l’autre et j’étais plus que jamais intéressée à la rencontrer pour passer encore plus de temps avec elle. Plus plus plus plus.

Peu de temps avant mon départ, elle m’annonçait qu’elle prenait deux semaines de vacances au même moment où je serais à Berlin. Le temps d’une réponse, j’ai eu la timide crainte qu’elle parte en voyage… Mais non. Elle restait à Berlin pour avoir plusieurs occasions de se voir entre mes amis, qu’elle voulait d’ailleurs rencontrer.

Quelques heures avant mon départ, elle me demandait dans un courriel à quelle adresse j’allais loger à Berlin, me confiant qu’elle avait le projet secret de venir me chercher à l’aéroport pour m’y mener.

Du coup, j’ai su qu’elle était un ange.

mardi 10 décembre 2013

La poste

C’était l’été et je partais fin novembre.

Novembre?!?
Tu parles d’un temps pour prendre des vacances!
C’est qu’en 2010 quand j’étais allée en Allemagne voir ma vieille amie So (qui a décidé de devenir traductrice plutôt qu’actuaire, du coup, j’ai un pied à terre en pays germain), j’avais raté les marchés de Noël de 15 jours et je m’étais dit que la prochaine fois, j’irais en Allemagne juste pour ça. En plus, j’avais de bonnes chances de retrouver Joëlle et Sabrina dans cette période de l’année.

So habite dans la région de Stuttgart, à plein d’heures de route de Berlin – même sur l’autobahn avec pas de limite de vitesse – c’est pour ça que je n’y étais jamais allée, à Berlin. Pour ces vacances-ci, j’étais un peu triste de me rendre en Allemagne sans aller voir mon amie, et accessoirement ne pas avoir d’interprète privée. Ce qui fait que quand elle m’a dit quelque chose comme : «J’ai pris un billet de train, je m’en viens passer le week-end à Berlin», j’étais VRAIMENT contente.

Y’avait mon ami Dirk aussi, qui vit dans la région de Düsseldorf. Quand je lui ai dit que j’allais à Berlin, il m’a répondu quelque chose comme : «Génial! Je passe te prendre! Je vais t’amener à Dresden! À Hambourg! À Düsseldorf! On va faire le tour de l’Allemagne et je serai ton interprète!» J’ai répondu quelque chose comme «Je te remercie Didi, c’est vraiment généreux de ta part, mais j’ai d’autres projets, comme réellement rester à Berlin pendant deux semaines et voir mes amies…» Dirk a décidé de venir quand même pour qu’on se rencontre enfin.

Didi et moi, on s’était croisé sur ICQ ou MSN dans les années '90 plusieurs et même si j’étais allée quelques fois en Europe depuis, on n’avait jamais pu se rencontrer en vrai. Alors, qu’il me dise qu’il allait venir n’était pas surprenant, mais je ne comptais pas là-dessus pour planifier quoi que ce soit.

Par contre, il y avait de fortes chances, très fortes même, que je rencontre Karo pour vrai, puisqu’elle habite là et que prendre un café n’est pas si compliqué.

Tout pour dire qu’en juillet, novembre était très loin. J’avais plein de temps pour écrire plein de courriels. Surtout qu’au travail, je devais absolument m’occuper l’esprit avant de le perdre.

De son côté, Karo utilisait beaucoup la poste traditionnelle pour m’envoyer des cartes postales, des lettres, des petits paquets de cartes de la ville avec des indications qu’elle écrivait dessus, des dépliants touristiques, des trucs comme ça. J’étais vraiment touchée par tant d'attention, pour l'inconnue que j'étais.

dimanche 8 décembre 2013

Passer par New York pour aller à Berlin

Avec Joëlle et Sabrina, la question revenait sans arrêt :
Quand est-ce qu’on se retrouve à Berlin?
Au printemps?
À l’automne?
On ne savait pas. 
Quand On ne sait pas, On ne fait rien.

Je disais donc que les véritables échanges ont commencé à l’automne 2011 avec cette instagrameuse berlinoise. Le partage de nos commentaires sur nos photos respectives n’a fait qu’augmenter, si bien que l’hiver suivant, elle souhaitait m’envoyer une carte postale par la «vraie» poste. Pour ça, elle avait besoin de mon adresse.

Comme j’allais déménager à court terme sans toutefois savoir où, je lui ai proposé mon adresse électronique en attendant. Enchantée, mon vrai nom est Karo, me répondit-elle au premier courriel.

Naturellement, je lui ai glissé un mot de mon projet de voyage à Berlin dans nos premiers messages en privé, précisant qu’il allait se concrétiser au printemps ou à l’automne suivant. Karo m’a semblé tout aussi enjouée que moi à l’idée d’en profiter pour se rencontrer.

En attendant de savoir ce qui se passait pour mes deux autres voyageuses, j’ai fini par décider d’aller célébrer mon anniversaire à New York. J’avais trois-quatre amis qui voulaient venir aussi, puis deux-trois, puis un ou deux, puis un, qui m’a dit quelques heures avant le départ qu’il avait perdu son passeport.

Tant pis pour tous et à moi New York!

Je n’y suis restée que quatre jours, c’était suffisant pour prendre 782 photos, en poster quelques-unes sur Instagram et me rendre compte que voyager seule avait tout un tas d’avantages.

C’était effectivement la première fois que je faisais un voyage en solitaire. Il m’était déjà arrivé de me retrouver seule quelques heures dans une ville étrangère, mais j’allais toujours rejoindre quelqu’un au final. Ce voyage à New York a totalement changé ma vision sur l’organisation de mes vacances.

Quelque temps après mon retour de New York, on était rendu à l’été. L’option Berlin au printemps était périmée, mais l’automne pouvait toujours s’organiser. Avec mon expérience new-yorkaise, j’ai décidé de prendre des billets d’avion sur Berlin pour les dates qui semblaient le plus convenir à Joëlle, Sabrina et moi, dans l’idée que si jamais ça ne fonctionnait plus pour elles, je pouvais très bien profiter de cette ville sans elles.

Je crois que j’ai informé mon amie berlinoise quelques instants après avoir pris mes billets, ajoutant que j’espérais qu’on puisse se rencontrer. Sa réponse ne se fit pas attendre, elle nous réservait déjà du temps pour me montrer ses endroits préférés.

Cette offre m’a encouragée à lui demander de m’indiquer les quartiers de Berlin à éviter pour me loger.  Avec ses indications, je me suis réservé le parfait petit appart dans Kreuzberg, sans même savoir si Joëlle et Sabrina allaient pouvoir venir.

jeudi 5 décembre 2013

L'automne, ma saison préférée

L’automne dernier au départ, j’allais à Berlin pour rencontrer mes amies Joëlle et Sabrina, qui n’habitent même pas là-bas. Mais en fait, tout a commencé à Montréal. Revenons donc au début.

J’habitais (encore) à Montréal quand Sof m’a parlé d’Instagram. On était chez moi, elle m’a montré cette application «pour faire des photos avec des filtres» et elle m’a fait ouvrir un compte. Je n’y comprenais rien à cette appli, mais j’aime beaucoup Sof et je m’étais dit que j’allais regarder ça plus tard parce que j’avais une tarte dans le four.
C’était à l’automne 2010.

Ce n’est qu’en mars 2011, alors que j’avais quitté «La Métropole» pour «La Vielle-Capitale», que j’ai posté ma première photo. Cette œuvre désormais muséale représente encore aujourd'hui une scène d’art culinaire à l’état brut: une toast au beurre de pinotte avec du miel dessus. 

Ce bon petit déjeuner m'avait autant permis de bien commencer ma journée que de bien découvrir Instagram et sa communauté. Partager des photos, des likes, des commentaires, suivre des photographes de partout dans le Monde et être suivi d’inconnus de partout sur la planète, c’était fascinant. 

Les mois et les photos ont passé lors desquels on se disait souvent, Joëlle, Sabrina et moi, qu’il faudrait bien se revoir autrement que via Skype. Mais Joëlle et Sabrina avaient autant d’intérêt à revenir au Québec que d’attraper la grippe et j’étais allée dans leur Proche-Orient quelques mois auparavant.

Du coup, on a parlé de se rejoindre quelque part «entre les deux». On a d’abord pensé à New York, puis rapidement à Berlin, laquelle fut élue pour la simple et bonne raison que personne d’entre nous n’y était jamais allé. Pour un moment, ce projet est resté dans nos têtes, sans plus.

Je continuais entre-temps à poster sur Instagram et découvrir d’autres photographes, parfois en échangeant de bons commentaires. Parmi les instagramers que je suivais, l’une postait des photos qui m'intéressaient et me touchaient toujours plus que les autres. Encore aujourd'hui, je ne saurais dire pourquoi. Puis, elle a commencé à commenter mes photos de manière toute aussi touchante et intéressante. À partir de là, de véritables échanges ont commencé. 
C’était à l’automne 2011.

mardi 3 décembre 2013

Jour pour jour

Dans un mois jour pour jour, ça fera un an qu’elle m’aura dit Ich liebe dich pour la première fois.
Elle était toute rouge, et je respirais enfin.

Il y a un an jour pour jour, nous étions à Berlin. 
Elle y habitait, je la visitais, je veux dire la ville. 
Je l’ai visité elle aussi en fait, pendant ce voyage. 
La suite n’était pas prévue, du tout.

Dans un mois jour pour jour, nous allons nous marier. 
Je ne me suis jamais mariée avant. 
Elle non plus d’ailleurs. 
C'est nous.